
Eduardo Arroyo
Biographie
Né le 26 février 1937 à Madrid, dans une famille bourgeoise — un père pharmacien et phalangiste —, Eduardo Arroyo grandit dans l'Espagne franquiste. Élève du lycée français puis d'une école de journalisme, il débute comme caricaturiste de presse. En 1958, à vingt et un ans, il fuit la dictature pour Paris. Il s'y destine d'abord à l'écriture, mais la force des images l'emporte : il vit de petits métiers, dessine des portraits aux terrasses, copie les maîtres du Prado à la craie sur les trottoirs — et se met à la peinture. Dès 1960, il s'illustre au Salon de la Jeune Peinture, où il « fait de l'agitation politique » avec Antonio Recalcati et Gilles Aillaud. En 1964, proche de Hervé Télémaque, il devient l'un des fondateurs de la Figuration narrative, cette réponse européenne au pop art qui réinjecte récit et critique dans la peinture. Son style s'impose : perspective frontale, aplats, détournement systématique des images — affiches, cartes postales, chefs-d'œuvre du passé —, le tout porté par une ironie féroce. En 1963, son polyptyque « Les Quatre Dictateurs » (Hitler, Mussolini, Salazar, Franco) fait scandale à la Biennale de Paris et déclenche la protestation de Madrid ; en 1965, avec Aillaud et Recalcati, il se peint en assassin de Marcel Duchamp dans une série restée célèbre. Toute son œuvre est traversée par l'exil et l'engagement : dénonciation du franquisme, militantisme de Mai 68, mais aussi méditation mélancolique sur la solitude de l'artiste — incarnée par sa figure récurrente de Robinson Crusoé, naufragé sur son île. « Ce qui m'intéresse, c'est la peinture. C'est la bataille pour la peinture », disait-il. Homme aux multiples talents — peintre, graveur, sculpteur, scénographe, écrivain —, célébré par une grande rétrospective à la Fondation Maeght en 2017, il s'éteint à Madrid en 2018. Ses œuvres figurent aujourd'hui au MoMA, au Centre Pompidou, au Reina Sofía ou à la Fondation Maeght.
CV artistique
1937 — Naissance à Madrid 1958 — Exil à Paris pour fuir le franquisme 1960 — Premiers envois au Salon de la Jeune Peinture 1963 — « Les Quatre Dictateurs », 3e Biennale de Paris (censuré) 1964 — Cofondateur de la Figuration narrative ; « Mythologies quotidiennes », Paris 1965 — « Vivre et laisser mourir ou la fin tragique de Marcel Duchamp » (avec Aillaud et Recalcati) 1968 — Participation active aux événements de Mai 68 2017 — Grande rétrospective, Fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence 2018 — Décès à Madrid Collections : MoMA, Centre Pompidou, Reina Sofía, Fondation Maeght, Hirshhorn Museum, beaux-arts de Bilbao

