Regards · 29 juin 2026
La Figuration narrative, une vibration en plus
Née dans le Paris contestataire des années 1960, la Figuration narrative a opposé au triomphe de l’abstraction une peinture du récit, de l’image et de l’engagement. La galerie lui a consacré une grande exposition et en réunit aujourd’hui plusieurs figures majeures — retour sur un mouvement que nous défendons avec passion.

Au début des années 1960, la peinture semble sommée de choisir : d’un côté l’abstraction, alors dominante et célébrée comme le seul horizon légitime de l’art ; de l’autre, le pop art venu d’Amérique, qui renvoie à la société de consommation sa propre image. En 1964, le centre de gravité du monde de l’art bascule de Paris à New York, lorsque l’Américain Robert Rauschenberg remporte le Grand Prix de la Biennale de Venise. C’est dans ce climat tendu qu’une génération d’artistes, à Paris, invente une troisième voie : faire revenir la figure, le récit et le réel dans la peinture, non pour les célébrer, mais pour mieux interroger le monde. On l’appellera la Figuration narrative.
1964 : « Mythologies quotidiennes »
Le mouvement prend corps en juillet 1964, lorsque le critique Gérald Gassiot-Talabot réunit au Musée d’art moderne de la Ville de Paris une exposition restée fondatrice : « Mythologies quotidiennes ». S’y retrouvent des artistes venus de toute l’Europe et au-delà, unis non par un style commun mais par une conviction : l’image peinte peut raconter, dénoncer, mettre en scène. À la dérision statique du pop américain, ils opposent une peinture vivante, contre laquelle aucun manifeste ne sera pourtant jamais écrit — c’est cette exposition collective qui en tiendra lieu.
Le contexte nourrit l’œuvre. La guerre d’Algérie, la guerre froide, le Vietnam et l’essor du photojournalisme déversent alors quotidiennement leur flot d’images sur l’opinion. Dans le même temps, la publicité prolifère, multipliant couleurs et visuels criards. Les artistes de la Figuration narrative n’ont pas à chercher loin leurs sujets : ils puisent dans l’iconographie des magazines, de la publicité, de la bande dessinée et du cinéma, pour raconter leur époque — ses guerres, ses conflits, ses révoltes.

Un mouvement européen et cosmopolite
L’une des forces de la Figuration narrative fut d’être profondément internationale. Réunis à Paris, ses artistes venaient d’Italie, d’Islande, d’Allemagne, d’Espagne, de Grèce, de Suède, des États-Unis ou de France — de l’exil politique à la fascination pour la culture de masse, chacun portait une histoire et un regard différents. Cette diversité, loin de diluer le mouvement, en fit la richesse : une même volonté de peindre le réel contemporain, déclinée en autant de langages singuliers. Longtemps tenus à l’écart du marché par leur antibourgeoisie affichée, ces artistes connaissent depuis une décennie un puissant regain d’intérêt — ventes record, rétrospectives internationales —, qui les remet au centre du jeu. Il était temps.

Une vibration en plus
Si ce mouvement nous tient à cœur, c’est qu’il résonne avec notre époque. La Figuration narrative est née dans un temps de contestation ; or ce sentiment de révolte, nous le retrouvons aujourd’hui, sur d’autres thématiques. Le contexte a changé, mais les sujets demeurent tout aussi brûlants. C’est là sa force : une peinture qui dénonce et alerte avec intelligence et nuance, qui délivre un message clair sur le monde sans passer par les mots du journaliste ou de l’écrivain. De l’art engagé, mais de l’art engagé pensé — la Figuration narrative a, sur la simple belle image, cette vibration en plus.

Un mouvement défendu par la galerie
C’est cette conviction qui nous a conduits à consacrer à la Figuration narrative une grande exposition — près de quatre-vingts œuvres réunies, de 1964 à nos jours, dont des formats monumentaux rarement montrés. Notre ambition n’était pas seulement de vendre, mais de donner les clés : permettre à chacun, amateur comme collectionneur, de comprendre ce courant majeur de la seconde moitié du XXe siècle. Ce travail n’aurait pas été possible sans la bienveillance de nombreux confrères et des artistes eux-mêmes, qui ont immédiatement adhéré au projet. Présentées ensemble, leurs œuvres donnent à voir la profonde cohérence d’un mouvement et, en même temps, la singularité absolue de chaque démarche. Découvrez ci-dessous celles et ceux dont la galerie présente aujourd’hui des œuvres.
Les artistes de ce mouvement dans la collection
Figuration narrative





